Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour

Spectacle en tournée

Yannick Jaulin sillonne le pays et les mots depuis plus de trente ans. La langue maternelle qu’il salive c’est le parlanjhe, son patois vendéen natal qu’il cisèle en couleurs et en pépites poétiques pour mieux exprimer sa résistance à la domination jacobine du français et sa jouissance d’utiliser une langue non normalisée, pleine de sève. « Un trésor mais aussi un boulet ! »

Avec son éternel sourire aux lèvres, ce conteur pince sans rire met son corps en action pour dire une parole à la fois corrosive et jubilatoire, mais aussi pleine de tendresse. « Le français, ce n’est pas une langue qui descend dans les mollets » à la différence du parler croquant. Il se vit en victime d’une transmission contrariée, celle de sa langue maternelle, le patois, « un parler bâtard » dont les mots sont enracinés dans ses émotions profondes et celle de la langue pour « causer d’amour » empêchée par des héritages souvent légués sans notre accord. 

C’est ainsi qu’il s’interroge sur le bilinguisme et le refus de transmettre sa langue maternelle. Pourquoi le bilinguisme se vivrait-il comme un handicap ? Pour lui, « Les mots de la langue maternelle, seraient comme des flotteurs à la surface de l’océan. Ils sont reliés par un mince fil à nos émotions les plus profondes. Quand on coupe ce fil, on coupe le lien entre le sens du mot et l’émotion la plus profonde qui soit ». 

Jaulin se raconte, il soliloque, il danse, il met en musique des textes qui retournent le cœur, accompagné par Alain Larribet, l’enfant de berger qui a quitté son Béarn natal et qui, en faisant sonner tout un tas d’instruments traditionnels, exprime la complainte intemporelle de toutes les langues oubliées ou en danger.

Ce spectacle est un voyage initiatique et une déclaration d’amour aux  belles langues « inutiles » ….

Texte du spectacle et le CD sont édités par Le beau monde-Compagnie Yannick Jaulin, octobre 2019

 

Texte écrit par Béatrice Loyer